La réalité n'est pas du tout la même pour tout le monde. Hommage à l'abbé Pierre

2 octobre 2023



Les Homo sapiens se divisent en plusieurs variations de l'espèce, faisant que nous ne voyons pas tous la même réalité, de même que nous ne parlons pas tous le même langage d'un point de vue existentiel, ontologique et philosophique. 

Les sens, la conscience, la lucidité, la sensibilité, constituent la qualité du contact avec le Réel, d'où le degré de connaissance auquel l'individu a accès. C'est là que les différences s'observent et que des fossés se creusent. 

Voici où je veux en venir. Il existe un désaccord profond entre ceux qui pensent que la vie est faite pour jouer des coudes et prendre tout ce qu'on peut prendre, sans considération pour les autres, et ceux qui pensent "le bonheur, pas sans les autres" (formule de l'abbé Pierre). 

Se battre pour sa peau et prendre plus que le nécessaire, c'est une tendance qui s'explique par le principe de survie animale agressive de l'individu qui a besoin de se protéger au maximum, passant de la défensive à l'offensive. Ainsi sa motivation est excessive et ne tient plus compte du nécessaire réel et vital. Plus simplement, par le moteur de la peur, la brebis imite le lion. Alors le soi-disant lion domine, impressionne, surtout les faibles et les hésitants. 

Chez d'autres humains, ce n'est pas le moteur de la peur qui prédomine. C'est la confiance en la vie. Cette confiance leur permet d'aller de l'avant, plus loin dans la vie profonde. Ceux-là ont descendu le puits de la conscience et ont trouvé une lumière : la Connaissance. Alors la vie est simple, sacrée, précieuse, et le fait de survivre dans la nature avec l'essentiel sécurisant est suffisant. 

Le temps est précieux, il sert à apprécier la vie terrestre, à partager, à aimer, à faire rouler l'activité de sorte à avoir l'essentiel vital pour le corps et l'esprit. Leur langage est "la vie simple et profonde". On peut l'appeler "vie divine". 


On pourrait dire : "Dieu a créé la vie simple et ordonnée, et l'Homme a créé la complication et le désordre". L'ordre, l'équilibre, la justice, l'équité, la vérité, c'est tout ce qui m'intéresse. 

La vie existe pour la Beauté, de la plus petite particule d'énergie à la plus vaste structure du cosmos. Autrement dit, il n'y a pas vraiment de but. La vie ne consiste pas en des actes méritoires visant une récompense. Encore une fois, je l'affirme : la vie existe pour la vie, pour sa Beauté. Rien de plus. 

C'est comme si un enfant s'était amusé à créer un univers dont les variables sont multiples et intriquées, juste parce que la vie ne peut que créer la vie. C'est comme un jeu. Et ce jeu, les contemplatifs l'observent, le questionnent, le pénètrent de leur regard lucide. 


Donc ici-bas, il y a cette bataille entre les observateurs contemplatifs et les ambitieux destructeurs. Il y a aussi les individus qui ne savent pas quoi penser et qui se laissent embarquer par les courants. Puis il y a ceux et celles qui réfléchissent et cherchent, ne se prononçant pas encore. 


La personnalité exceptionnelle de l'abbé Pierre était très enracinée et m'a lancée sur mon chemin, de telle sorte que j'ai ouvert les yeux sur l'existence, au moins un peu. Ensuite il fallait prendre une décision, pas facile, et oser assumer ce que j'ai dans le cœur. Puis passer de l'autre côté. Je ne pouvais plus faire partie du groupe d'humains qui se fait croire que la vie, c'est usiner pour sauver sa peau et faire des plus malheureux que soi, tout en pillant la merveilleuse planète Terre qui nous accueille. J'ai finalement abandonné le groupe des ambitieux ravageurs et superficiels, pour joindre l'espèce qui nourrit une autre ambition : défendre la vie, faire de la Recherche (philosophique, scientifique, métaphysique, théologique, etc), défendre la justice, l'équité, protéger les victimes des abus de droits ultra-libéraux inventés par des ambitieux écrasants. 




L'abbé Pierre est mon héros. Quand il est mort, j'ai eu connaissance de son aura. Ça a été une espèce de choc spirituel. Une conversion existentielle. 


J'ai vu quelque chose que je n'avais pas vu avant. J'ai alors su que la vie est bien plus large, profonde et colorée que ce qu'on veut croire. Elle est en tout et en tous. Le mystère habite tout le Vivant. On sait alors qu'on est en contact avec ce Royaume mystérieux, à la fois un Logos et une force innommable. 

Privilégié est celui qui parvient à faire un avec la vérité du cosmos, avec la Source de vie. 

L'abbé Pierre fait partie de ces âmes qui ne veulent rien. Il avait juste aimé la vie vraie, passionnément, et c'est pourquoi il ne s'était pas fait d'illusion en défendant la dignité de la vie chez les plus modestes, les affamés, les sans-toit, les plus petits et les souffrants. 


L'abbé Pierre. Ce mystique justicier, diseur de vérité, transmetteur d'un language étranger qui parle au cœur des gens. 

L'abbé Pierre dépassait la religion, laquelle me semble parfois un simple divertissement. Ou bien un négoce entre un dieu imaginé et un demandeur de récompenses. 

Je crois au Dieu de l'abbé Pierre, dans la lignée de Jésus. C'est la vie que l'on vit en soi, c'est le Ciel que l'on voit partout dans la Nature et le Cosmos, dans la beauté des visages, et surtout, l'action divine, dépouillée de toute quête de réussite sociale. Je parle bien là d'action de Dieu à travers le Vivant, à travers nous. J'ai reconnu cette grâce dans le rayonnement de l'abbé Pierre. Il rendait justice aux pauvres que la société oubliait et méprisait. Mais pourquoi ? Parce que pour l'abbé Pierre, il n'y a qu'une logique du Vivant : la vie divine et dépouillée, laquelle se traduit par le partage équitable des bonnes choses de la vie terrestre. 

Je crois très fortement en cela, en la dignité égale de chaque individu. Mes convictions sont très fortes. Mon cheminement m'a appris que la conviction sans partage et sans concession, c'est le seul garant d'une action aboutie. 

Tout comme l'abbé Pierre, je refuse le principe idiot et violent du darwinisme social qui arrange bien les quelques individus qui prennent tout et laissent des miettes aux autres, parce qu'ils sont grandement motivés et que leur égo manifeste une sublime force obscure qui peut effectivement se montrer très efficace. 

La "catégorie Abbé Pierre" est comme une variation de l'espèce : on ne ressent pas d'intéret ambitieux pour sa propre vie mais on a de l'ambition pour tous ! Pour la justice et l'équité ! 

Je dirais que chaque individu a fondamentalement le droit d'avoir accès à un lieu d'habitation qui lui permette d'utiliser un bout de jardin pour manger les légumes qu'il fait pousser, un toit pour ne pas avoir froid, et de l'eau. Avoir accès à un modeste abris, fermé, isolé contre le froid, et un bout de terre, c'est l'essentiel vital pour survivre. 

Je ne vois pas pourquoi on aurait envie d'avoir davantage ! Si j'achète six ou dix maisons et des terrains pour jouer les investisseurs, je vais dépasser l'essentiel vital pour moi-même, donc je serai injuste, comme je serai en train de priver des gens de cet essentiel vital. Alors quoi ? Je leur louerai les lieux de sorte à gagner un maximum et toujours plus ? Je serai en train de leur rendre service ? Je serai de ceux qui contrôlent le marché ? 

J'aimerais que les gens aient accès aux habitats par eux-mêmes, pour eux-mêmes, la protection de leur survie. Comme le lapin qui a le droit naturel de creuser son propre terrier. 

J'imagine qu'un lapin s'ennuie et décide de creuser vaillamment des terriers partout, disant que tous les autres lapins doivent désormais aller usiner pour des produits qui ne les intéressent pas, pour pouvoir louer un terrier au lapin investisseur. Il exerce la terreur, il prend des lapins avec lui pour former une milice politique, et le monde tourne... Avec le temps, les générations de lapins ont oublié ce qu'était la vie bonne à l'époque où ils creusaient encore leur propre terrier et s'activaient pour l'essentiel vital. Ils ont oublié la vie. Ils ont finalement cru au principe "avoir pour être". Alors c'est le monde des apparences. 

Platon a dit que nous sommes enchaînés dans une grotte et que nous regardons sans cesse la projection de nos ombres sur la paroi, sans chercher une sortie et un soleil. 

Jésus a dit que le prince de ce monde était diabolique et que les humains devaient chercher la libération. Cela veut dire qu'ils sont esclaves. 


J'aime cette petite parabole sur les lapins et les terriers. Mais revenons au problème concret du logement, qui pose difficulté dans notre pays, même pour des personnes qui ont un salaire et qui n'accèdent pas à un logement. Les humains n'ont pas encore appris à être des politiciens responsables. En politicien responsable, on décide en conscience de faire le nécessaire pour le bien commun. Oui, le bien commun ! Et ça demande une révision de notre mode de vie et de notre mentalité. 

Dépasser trop largement ses propres besoins, c'est risquer de priver les autres, sur une planète pourtant limitée par sa superficie. Moins d'un tiers de la superficie de la planète est habitable. Croire en la croissance des finances et des possessions, c'est croire que la planète Terre est un ballon à taille variable dans lequel on souffle selon nos caprices. La superficie habitable est bel et bien limitée et elle sera de plus en plus réduite. Nous le savons. L'excellent scientifique Aurélien Barrau a très bien expliqué la chose. 

En plus des conséquences du réchauffement climatique, les humains se multiplient et ils vont s'entasser dans des petites boîtes, dans des tours, des immeubles infects. On donnera comme excuse qu'ils n'ont qu'à travailler plus dur, nuit et jour, pour s'acheter des propriétés plus dignes. Mais ceci est un raisonnement vil et sans réflexion. Il faudrait donc que nous soyons tous riches ? Impossible. Les différences de salaire sont trop grandes, puis les riches dépendent des classes modestes. Par exemple si l'on travaille dans la grande usine, les directeurs gagnent beaucoup, tout en embauchant des personnes au SMIC, lesquelles n'ont plus les moyens de trouver un habitat qui soit digne et pas trop coûteux. Si quelqu'un devient riche, c'est parce que d'autres lui achètent ses produits, même quand ce sont des objets très secondaires dans la vie, voire inutiles. 

Je reviens sur l'inégalité des salaires. Le SMIC existe pour protéger et c'est tant mieux. Quant au salaire maximum ? C'est pour quand ? 

Je n'éprouve aucun mépris pour les riches ou autres.  On est conditionné par le lieu où l'on est né, chez des familles aisées qui ont des traditions et des impératifs sociaux-économiques, ou bien chez des familles plus modestes où là aussi, on est conditionné selon la mentalité du milieu. Je ne préconise pas du tout les discours de haine envers les personnes dont les moyens sont beaucoup plus élevés, puisque nous sommes tous des humains conditionnés par nos milieux. 

Libre à chacun de se déconditionner si c'est possible. Toutefois, tout le monde ne se sent pas appelé à de telles réflexions. 

Plutôt que de s'en vouloir les uns les autres, je préfère proposer l'éducation et les actions : essayer de faire évoluer les consciences vers la justice et l'équité, créer les projets auxquels on croit plutôt que de critiquer sans l'action, s'opposer aux injustices légalisées, proposer de nouvelles lois. 

Par exemple le salaire maximum est une idée. 

Puis voter pour une seule maison à chaque foyer. 


Mais est-ce que le monde est intéressé par le désintéressement puis la justice pour tous ? 



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